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fracture chez le cheval : de l'immobilisation au transport

29 sept.
6 min de lecture

Chez le cheval adulte, la prise en charge préhospitalière d’une fracture présente une difficulté particulière : stabiliser une structure osseuse lésée chez un animal de 400 à 600 kg qui, tant qu’il reste debout, continue nécessairement à charger et décharger ses membres.

L’objectif de la contention d’urgence n’est donc pas seulement de « maintenir le membre ». Il s’agit de contrôler autant que possible les forces de flexion, d’extension, de rotation et de cisaillement qui s’exercent au niveau du foyer de fracture pendant les mouvements du cheval, puis lors de son chargement et de son transport.


➔ La localisation de la fracture détermine la contention


Une fracture distale et une fracture proximale ne peuvent pas être abordées de la même façon.

Pour les fractures situées sous le carpe ou le tarse, une immobilisation externe peut permettre de contrôler efficacement une partie importante des mouvements du segment atteint. Mais son efficacité dépend directement de sa configuration : longueur de l’attelle, position des articulations, épaisseur du bandage, rigidité de l’ensemble et direction dans laquelle les forces doivent être neutralisées.


L’un des principes fondamentaux consiste à déterminer quelles structures ne jouent plus leur rôle mécanique.


Une fracture du métacarpien principal n’entraîne par exemple pas les mêmes contraintes qu’une fracture d’un sésamoïde, d’une phalange ou qu’une rupture de l’appareil suspenseur.


Dans certaines lésions entraînant une perte du soutien palmaire ou plantaire, le boulet peut s’effondrer en hyperextension. L’immobilisation doit alors être pensée pour s’opposer à cette déformation et non simplement pour rigidifier le membre.


À l’inverse, dans certaines fractures présentant une instabilité dans une autre direction, le positionnement de l’attelle devra répondre à une mécanique différente.


C’est pourquoi la position d’une attelle n’est jamais anodine : placée du mauvais côté, trop courte ou sans contrôle suffisant des articulations concernées, elle peut ne pas neutraliser les forces responsables du déplacement de la fracture.


➔ Pourquoi quelques mètres peuvent suffire à aggraver une fracture


Un cheval présentant une fracture instable peut parfois conserver une capacité étonnante à se déplacer. Cette possibilité ne signifie pas que le déplacement est sans conséquence.


Lors de chaque phase d’appui, plusieurs centaines de kilogrammes sont transmis au membre. Si la continuité mécanique de l’os est interrompue, ces forces peuvent être transférées vers les tissus mous entourant la fracture.

Les fragments osseux peuvent alors léser secondairement :


  • les masses musculaires ;

  • les tendons et ligaments ;

  • les vaisseaux ;

  • les structures nerveuses ;

  • et surtout la peau.


Cette dernière complication est particulièrement importante : une fracture fermée peut devenir ouverte au cours des déplacements précédant la prise en charge.


Le pronostic peut alors être profondément modifié.


C’est une des raisons pour lesquelles, lorsque l’état du cheval le permet, la stabilisation doit idéalement précéder le déplacement vers le véhicule.


➔ Immobiliser n’est pas simplement empêcher le membre de bouger


Une bonne contention doit transformer autant que possible plusieurs segments mobiles en un ensemble mécaniquement plus stable.


Cela explique l’importance du contrôle des articulations situées autour de la lésion.

Mais immobiliser davantage n’est pas systématiquement préférable.


Plus la lésion est proximale, plus il devient difficile de contrôler efficacement le foyer de fracture par une contention externe. Une immobilisation longue et lourde appliquée à mauvais escient peut créer un bras de levier supplémentaire et augmenter certaines contraintes.


La question n’est donc pas :

« Peut-on mettre une attelle ? »


mais :


« Quelle force cherche-t-on à neutraliser et jusqu’où doit s’étendre la contention pour y parvenir ? »


Cette réflexion appartient au vétérinaire qui évalue la lésion.


➔ Le cas particulier des attelles gonflables


Les attelles gonflables constituent une solution intéressante dans certaines configurations.

Contrairement à une attelle rigide appliquant principalement son soutien selon certains axes, l’enveloppe gonflable permet une répartition relativement homogène de la pression autour du membre.


Elle présente également plusieurs intérêts pratiques dans le contexte d’un transfert : rapidité de mise en œuvre, encombrement réduit avant utilisation et adaptation à différents diamètres de membres.

Mais son intérêt doit être correctement compris.

Une attelle gonflable n’annule pas les principes biomécaniques de la contention d’une fracture. Elle ne transforme pas automatiquement une fracture instable en fracture transportable.


Son positionnement, sa hauteur et la pression utilisée doivent rester cohérents avec la lésion suspectée et l’objectif recherché.


L’UMASE dispose aujourd’hui de plusieurs de ces dispositifs afin de pouvoir adapter l’immobilisation pendant certains transferts, sur indication et en coordination avec le vétérinaire.


➔ Une fois immobilisé, reste le problème du cheval entier


La stabilisation du membre n’est que la première partie du problème.

Pendant un transport, le cheval réalise en permanence des ajustements posturaux.

Lors d’une accélération, d’un freinage ou d’un virage, son centre de masse se déplace. Un cheval sain compense ces variations en modifiant rapidement ses appuis.

Le cheval fracturé dispose d’une capacité de compensation considérablement réduite.


Prenons un freinage : l’animal doit lutter contre une projection de son centre de masse vers l’avant. Lors d’un virage, une composante latérale apparaît. Sur une chaussée irrégulière, les corrections deviennent multidirectionnelles.


Ces contraintes expliquent pourquoi la conduite fait elle-même partie de la prise en charge : accélérations progressives, anticipation maximale des freinages, réduction de la vitesse avant les courbes et limitation des changements brutaux de trajectoire.


➔ Faut-il donner beaucoup d’espace au cheval ?


Intuitivement, on pourrait penser qu’un cheval blessé doit disposer du maximum d’espace possible.

Ce n’est pas nécessairement le cas.

Un espace trop important augmente l’amplitude potentielle des déplacements et peut rendre une perte d’équilibre plus difficile à contrôler.


À l’inverse, un environnement correctement dimensionné permet au cheval d’utiliser les parois comme éléments de stabilisation.


L’aménagement du véhicule doit donc rechercher un compromis : suffisamment d’espace pour éviter une compression ou une position anormale, mais suffisamment de contention environnementale pour limiter les déplacements importants du corps.


➔ Soutenir n’est pas suspendre


Chez certains chevaux présentant une capacité d’appui réduite, un harnais peut être utilisé

comme moyen de sécurisation supplémentaire.

Il faut toutefois distinguer deux notions très différentes :

le soutien et la suspension.


Dans un transport soutenu, le cheval continue à porter une partie importante de son poids. Le dispositif est présent pour accompagner une perte d’équilibre, réduire certains déplacements et éventuellement diminuer partiellement la charge lorsque la situation le permet.


Une suspension importante et prolongée pose d’autres problèmes : compression thoraco-abdominale, pression sur les zones de contact du harnais, difficultés respiratoires ou circulatoires et réactions de panique.


Le harnais doit donc être considéré comme un dispositif dynamique, dont la tension peut être adaptée à la situation du cheval.


C’est également pourquoi un système de soutien destiné au transport doit pouvoir être réglé et, surtout, libéré rapidement en cas de problème.


➔ Que faire lorsqu’un cheval tombe pendant le transport ?


C’est précisément l’une des situations qui différencient fortement un transport classique d’un transport médicalisé.

Un cheval gravement blessé peut perdre l’équilibre malgré les précautions prises.

La présence d’un harnais ne garantit pas qu’il restera debout et peut même devenir problématique si l’animal se retrouve dans une position imprévue.

Il faut donc anticiper cette éventualité avant le départ : possibilité d’arrêter le véhicule en sécurité, accès au cheval, capacité à modifier ou libérer rapidement le dispositif de soutien et matériel permettant éventuellement de gérer un cheval devenu non ambulatoire.

Le dispositif ne doit jamais transformer une chute en suspension incontrôlée.


➔ Quand rester debout n’est plus possible


Dans certaines situations exceptionnelles, maintenir le cheval debout n’est plus réaliste ou n’est plus la solution retenue.


Le transport en décubitus devient alors une problématique spécifique.

Un cheval couché ne peut pas simplement être « posé » dans un véhicule.


Son poids entraîne des pressions importantes sur les tissus situés contre le sol. Les mouvements du véhicule peuvent provoquer des déplacements du corps, tandis que la tête et les membres deviennent particulièrement vulnérables aux traumatismes secondaires.

Le chargement constitue déjà une étape critique.


Déplacer directement plusieurs centaines de kilogrammes sur le sol multiplie les frottements et rend le contrôle du corps difficile. L’utilisation d’une surface de glissement ou d’un support adapté permet au contraire de déplacer le support portant le cheval plutôt que le cheval lui-même.


Cette distinction est fondamentale.


Une fois le cheval positionné, la protection de la tête, le positionnement des membres, la limitation des mouvements du corps et la surveillance deviennent prioritaires.


➔ Le transfert commence avant que le véhicule roule


Dans une fracture grave, le trajet routier n’est finalement qu’une étape d’une chaîne beaucoup plus longue :


évaluation vétérinaire → stabilisation → immobilisation → déplacement jusqu’au véhicule → chargement → installation → transport → déchargement → admission en structure vétérinaire.


Une excellente immobilisation suivie d’un chargement mal maîtrisé peut perdre une partie de son bénéfice.

De la même manière, un cheval correctement installé mais soumis à une conduite brutale peut subir des contraintes importantes.

La qualité du transfert repose donc sur la continuité de toutes ces étapes.

C’est précisément dans cet intervalle, entre le lieu où se trouve le cheval et la structure capable de poursuivre sa prise en charge, que se situe le rôle d’une ambulance équine spécialisée.


Transporter un cheval fracturé ne consiste pas simplement à déplacer un animal blessé. Il s’agit de préserver, pendant chaque étape du transfert, ce qui peut encore l’être.

Fracture : EquiTom Transport et contention : UMASE

Rédaction : Pierre Poizat

 
 
 

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